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Regina Caeli : prière à Marie Reine du Ciel (texte, sens, quand la réciter)

Kristel Raspail

Écrit par Kristel
Rédactrice éditoriale et libraire chez Kurious Apprentice, spécialisée en tradition catholique et sacramentaux domestiques.
🕊️ Réponse rapide

Le Regina Caeli est l’antienne mariale du temps pascal, récitée debout trois fois par jour (6h, midi, 18h) du samedi saint au dimanche de la Pentecôte, en remplacement de l’Angélus. Elle célèbre la Résurrection du Christ et invite Marie à se réjouir : « Reine du Ciel, réjouissez-vous, alléluia ! ». Le titre Reine du Ciel renvoie au Couronnement de Marie, vérité de foi complémentaire du dogme de l’Assomption.

1. Regina Caeli : texte latin et traduction française

Texte latin

Regina Cæli, lætare, alleluia :
Quia quem meruisti portare, alleluia.
Resurrexit, sicut dixit, alleluia.
Ora pro nobis Deum, alleluia.

Traduction française

Reine du Ciel, réjouissez-vous, alléluia :
Car Celui que vous avez mérité de porter dans vos entrailles, alléluia,
Est ressuscité comme Il l’a dit, alléluia.
Priez Dieu pour nous, alléluia.

Le Regina Caeli (parfois orthographié Regina Cœli) se récite debout, trois fois par jour, du samedi saint jusqu’au dimanche de la Pentecôte inclus. Il remplace intégralement la prière de l’Angélus durant tout le temps pascal. Vous pouvez le prier seul, en famille ou en communauté, à 6 heures, midi et 18 heures, aux mêmes heures traditionnelles que l’Angélus. Le verset conclusif « Gaude et lætare, Virgo Maria, alleluia. Quia surrexit Dominus vere, alleluia » est suivi de l’oraison Deus qui per resurrectionem, propre à cette antienne.

2. Origine médiévale et légende de saint Grégoire le Grand

Le Regina Caeli est l’une des quatre grandes antiennes mariales de l’Église latine. Sa composition, restée anonyme, remonte vraisemblablement au XIIe siècle, probablement dans les milieux monastiques bénédictins. On en trouve trace dans plusieurs antiphonaires romains dès la fin du XIIe siècle, et c’est au XIIIe siècle que l’ordre des Frères mineurs, sur l’impulsion de saint Bonaventure, l’adopta officiellement pour clore le petit office pascal. Cette adoption franciscaine assura sa diffusion rapide dans toute la chrétienté latine.

Récitation du Regina Caeli dans une église romane — antiphonaire médiéval et vitrail de la Vierge Reine
Récitation du Regina Caeli dans une église romane — antiphonaire médiéval et vitrail de la Vierge Reine

Une tradition très ancienne, rapportée par la Legenda Aurea de Jacques de Voragine (XIIIe siècle), attribue cependant l’origine de cette antienne à saint Grégoire le Grand. En l’an 590, une terrible peste ravageait Rome. Le pape Grégoire organisa une grande procession pénitentielle à travers la Ville éternelle, portant lui-même l’icône mariale attribuée à saint Luc (Salus Populi Romani). Comme le cortège traversait le pont menant au mausolée d’Hadrien, trois voix angéliques se seraient élevées, chantant les trois premiers versets. Saisi d’inspiration, le pape aurait alors ajouté le quatrième : Ora pro nobis Deum, alleluia. Au même instant, un ange serait apparu au sommet du mausolée, rengainant son épée en signe de la fin du fléau : depuis lors, l’édifice porte le nom de Château Saint-Ange.

Cette légende, si belle soit-elle, n’est pas historiquement fondée : la composition littéraire est postérieure de plusieurs siècles. Elle témoigne néanmoins de la vénération dont cette antienne jouissait dès le Moyen Âge.

3. Quand réciter le Regina Caeli ?

Le Regina Caeli remplace l’Angélus pendant tout le temps pascal, du samedi saint (dès les vêpres de Pâques) jusqu’au dimanche de la Pentecôte inclus. Cette période s’étend sur cinquante jours, correspondant à la grande cinquantaine pascale. Passé la Pentecôte, on reprend l’Angélus jusqu’au samedi saint suivant.

Comme l’Angélus, il se prie trois fois par jour, aux heures traditionnelles qui rythment la journée chrétienne : le matin vers 6 heures, à midi, et le soir vers 18 heures. Ces horaires reflètent l’antique usage monastique de sanctifier le jour par la prière mariale, marquant l’aube, le milieu du jour et le crépuscule.

Une différence liturgique notable distingue le Regina Caeli de l’Angélus : il se récite debout, alors que l’Angélus se dit traditionnellement à genoux (sauf le dimanche et pendant le temps pascal). Cette posture debout manifeste la joie pascale et le triomphe de la Résurrection : le chrétien, ressuscité avec le Christ par le baptême, se tient droit devant son Seigneur vivant.

Depuis le pontificat de Jean XXIII, le Souverain Pontife a coutume de réciter publiquement le Regina Caeli chaque dimanche pascal à midi, depuis la fenêtre du palais apostolique donnant sur la place Saint-Pierre. Vous pouvez suivre cette prière en direct via les canaux officiels du Vatican, unissant votre voix à celle de l’Église universelle. Dans la liturgie, le Regina Caeli conclut également l’office des complies pendant tout le temps pascal.

4. Marie Reine du Ciel — la vérité de foi complémentaire de l’Assomption

Un contresens fréquent circule autour du Regina Caeli : beaucoup pensent que cette antienne fut composée pour honorer Marie en tant que Reine du Ciel au sens du dogme du Couronnement. Il n’en est rien, et cette distinction mérite d’être clarifiée avec précision.

Le Regina Caeli est d’abord et essentiellement une antienne pascale. Son contenu propre célèbre la Résurrection de Jésus-Christ : « Resurrexit sicut dixit », « Il est ressuscité comme Il l’avait dit ». Marie y est invitée à se réjouir parce que le Fils qu’elle a porté dans ses entrailles est vivant. L’antienne est donc, dans son intention première, une invitation à la Vierge à partager la joie pascale de l’Église.

Le titre Regina Cæli, « Reine du Ciel », renvoie néanmoins, dans la théologie catholique, à la vérité de foi du Couronnement de Marie — cinquième mystère glorieux du Rosaire. Cette vérité découle logiquement du dogme de l’Assomption, défini solennellement par le vénérable pape Pie XII dans la constitution apostolique Munificentissimus Deus le 1er novembre 1950. Quatre ans plus tard, le 11 octobre 1954, le même Pie XII promulgua l’encyclique Ad Cæli Reginam, consacrée à la royauté mariale, et institua la fête liturgique de la royauté de Marie, alors fixée au 31 mai.

Il convient donc de distinguer deux moments théologiques : l’Assomption, par laquelle Marie fut élevée corps et âme dans la gloire céleste au terme de sa vie terrestre ; puis le Couronnement, par lequel elle fut proclamée Reine des Anges et des Saints, associée au règne de son Fils. La réforme liturgique de 1969 déplaça la mémoire de Marie Reine au 22 août, dans l’octave même de l’Assomption (fêtée le 15 août), soulignant ainsi le lien intrinsèque entre les deux mystères : Marie est reine parce qu’elle a été assumée dans la gloire aux côtés de son Fils, Roi de l’univers.

L’iconographie chrétienne a magnifiquement traduit cette théologie. Fra Angelico, dans son Couronnement de la Vierge conservé au Louvre (vers 1434-1435), représente le Christ posant la couronne sur la tête de sa Mère. Sandro Botticelli, dans son retable de San Marco à Florence (vers 1488), reprend cette scène avec une lumière dorée qui symbolise la participation de Marie à la gloire divine. Ces œuvres témoignent d’une constante : la royauté mariale n’est pas une couronne conquise, mais un don du Fils à sa Mère.

Ainsi, lorsque vous priez le Regina Caeli, vous célébrez à la fois la Résurrection du Christ et, en filigrane, la gloire de celle qui règne avec Lui au ciel.

5. Les 4 grandes antiennes mariales — savoir laquelle réciter selon la saison

La tradition liturgique romaine reconnaît quatre grandes antiennes mariales, chacune assignée à une saison liturgique précise. Les connaître, c’est entrer dans le rythme profond de l’année de l’Église. Voici comment vous orienter.

Les 4 grandes antiennes mariales et leur saison liturgique — Alma Redemptoris, Ave Regina, Regina Caeli, Salve Regina
Les 4 grandes antiennes mariales et leur saison liturgique — Alma Redemptoris, Ave Regina, Regina Caeli, Salve Regina

Alma Redemptoris Mater (Avent → Chandeleur, 2 février)

Composée au XIe siècle et attribuée par la tradition au moine bénédictin Hermann Contract (Hermann le Boiteux, 1013-1054), cette antienne s’ouvre par ces mots : « Alma Redemptoris Mater, quæ pervia cæli porta manes » — « Sainte Mère du Rédempteur, porte du ciel toujours ouverte ». Elle se récite ou se chante depuis les premières vêpres du premier dimanche de l’Avent jusqu’à la fête de la Présentation du Seigneur (Chandeleur, 2 février), incluant donc le temps de Noël. Son sens est profondément christologique : elle évoque le mystère de l’Incarnation, la stupeur de la nature devant la naissance du Créateur, et supplie la Mère du Rédempteur d’assister les fidèles dans leur relèvement.

Ave Regina Cælorum (Chandeleur → Mercredi Saint)

Datée du XIIe siècle, cette antienne s’ouvre ainsi : « Ave Regina cælorum, ave Domina angelorum » — « Salut, Reine des cieux, salut, Souveraine des anges ». Elle se récite depuis les complies du 2 février jusqu’au mercredi saint inclus, couvrant ainsi le temps « Per annum » d’hiver et le carême. Contrairement au Regina Caeli, elle célèbre Marie dans sa royauté générale, en tant que Souveraine des anges et racine dont a jailli la lumière du monde. Sa tonalité, plus grave et suppliante, s’accorde au temps du carême et à l’attente de la Passion. Vous la trouverez dans tout Liber usualis traditionnel.

Regina Caeli (Pâques → Pentecôte)

Vous l’avez découverte dans les sections précédentes : composée au XIIe siècle, popularisée par les franciscains au XIIIe, elle se récite du samedi saint jusqu’au dimanche de la Pentecôte. Elle célèbre la joie pascale de Marie devant la Résurrection de son Fils. Elle se prie debout, en signe de la victoire pascale, et remplace l’Angélus durant toute la grande cinquantaine. C’est la plus brève des quatre grandes antiennes, mais la plus riche en alleluia — quatre reprises en quatre versets seulement.

Salve Regina (Trinité → Avent)

Composée au XIe siècle et attribuée traditionnellement à Hermann Contract ou à saint Bernard, cette antienne est de loin la plus célèbre. Elle se récite depuis le lundi qui suit la fête de la Très Sainte Trinité jusqu’au samedi précédant le premier dimanche de l’Avent — soit environ la moitié de l’année liturgique, le grand temps « Per annum » d’été et d’automne. Son incipit vous est familier : « Salve, Regina, Mater misericordiæ ; vita, dulcedo et spes nostra, salve ». Elle exprime la condition de l’homme exilé, « pauvre banni fils d’Ève », qui supplie la Mère de miséricorde de tourner vers lui ses yeux miséricordieux. Le pape saint Pie V la fit inscrire au Bréviaire romain en 1568.

6. Pour aller plus loin

Le Regina Caeli n’est qu’une porte d’entrée dans la spiritualité mariale de l’Église. Pour approfondir la royauté de Marie et son Assomption glorieuse, je vous invite à consulter notre article pilier consacré à la fête de l’Assomption du 15 août : histoire du dogme, théologie de la Dormition, sens spirituel de cette solennité mariale majeure.

Pour préparer le 15 août par une démarche de prière soutenue, découvrez notre guide de la Neuvaine à Notre-Dame de l’Assomption. Et pour vivre pleinement ce grand jour en famille et en paroisse, consultez notre article sur les traditions et coutumes de l’Assomption : processions, bénédictions des fruits et des herbes, pèlerinages mariaux et repas festifs.

Que Notre-Dame, Reine du Ciel, vous obtienne les grâces que vous sollicitez, et qu’elle vous conduise à son Fils ressuscité. Regina Cæli, lætare, alleluia.

🕊️ Pour aller plus loin

Questions fréquentes

Qu'est-ce que le Regina Caeli ?
Le Regina Caeli (Reine du Ciel) est l'une des quatre grandes antiennes mariales de l'Église latine, composée au XIIe siècle. Elle célèbre la joie pascale de Marie devant la Résurrection de son Fils : « Regina Cæli, lætare, alleluia — Celui que vous avez mérité de porter est ressuscité comme Il l'a dit ». Popularisée par les franciscains au XIIIe siècle, elle est aujourd'hui récitée par toute l'Église pendant le temps pascal, notamment par le pape chaque dimanche à midi depuis la fenêtre du palais apostolique.
Quand réciter le Regina Caeli ?
Le Regina Caeli se récite du samedi saint (dès les vêpres de Pâques) jusqu'au dimanche de la Pentecôte inclus, soit pendant les cinquante jours de la grande cinquantaine pascale. Il remplace l'Angélus durant toute cette période et se prie trois fois par jour, à 6 heures, midi et 18 heures. Contrairement à l'Angélus qui se dit à genoux, le Regina Caeli se récite debout, en signe de la joie et de la victoire pascales.
Regina Caeli et Salve Regina : quelle différence ?
Le Regina Caeli est l'antienne mariale du temps pascal (Pâques → Pentecôte) et célèbre la Résurrection : « Il est ressuscité comme Il l'a dit ». Le Salve Regina, plus long et plus célèbre, est l'antienne mariale du temps ordinaire, récitée du lundi après la Trinité jusqu'à l'Avent. Il exprime la supplication du fidèle exilé qui invoque la Mère de miséricorde. Chacune correspond à une saison liturgique différente : la joie pascale pour l'une, la marche du chrétien vers le ciel pour l'autre.
Pourquoi Marie est-elle appelée Reine du Ciel ?
Marie est appelée Reine du Ciel en vertu du Couronnement, cinquième mystère glorieux du Rosaire et vérité de foi complémentaire du dogme de l'Assomption (Pie XII, Munificentissimus Deus, 1er novembre 1950). Après avoir été élevée corps et âme dans la gloire céleste, Marie fut proclamée Reine des Anges et des Saints, associée au règne de son Fils. Le pape Pie XII a consacré cette royauté mariale dans l'encyclique Ad Cæli Reginam (11 octobre 1954) et a institué la fête liturgique de Marie Reine, aujourd'hui fixée au 22 août, dans l'octave de l'Assomption.

📖 Sources ecclésiales

  • Pie XII, Encyclique Ad Caeli Reginam (11 octobre 1954)
  • Bréviaire romain de saint Pie V (1568)
  • Jacques de Voragine, La Légende dorée (XIIIe siècle)
  • Saint Bonaventure, Speculum Beatae Mariae
  • Vatican News — office et prières officielles

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