Les miracles de sainte Rita : la rose, l’épine et les abeilles
La dévotion populaire et l’iconographie chrétienne ont retenu trois miracles emblématiques dans la vie de sainte Rita de Cascia : la rose éclose en hiver, l’épine du Christ enfoncée dans son front, et les abeilles blanches autour de son berceau. Chacun porte un message spirituel précis et continue d’inspirer la dévotion ritienne — notamment lors de la grande bénédiction des roses du 22 mai.
1. Le miracle de la rose en hiver
C’est le miracle le plus célèbre de sainte Rita. La scène se passe en janvier 1457, quelques mois avant sa mort. Rita, alitée et très affaiblie par la maladie qui la consume, reçoit la visite d’une cousine venue de Roccaporena, son village natal.
Selon la Vita Sanctae Ritae rédigée par Augustin Cavallucci au XVIIe siècle, Rita demande alors à sa cousine, sur le point de repartir : « Pourrais-tu, en passant par la maison de mon enfance, me rapporter une rose et deux figues du jardin ? »
La cousine, perplexe, accepte sans y croire : on est en plein hiver, la neige couvre le jardin. Mais arrivée au jardin de Roccaporena, elle découvre, contre toute logique, une rose rouge éclose entre les ronces enneigées et deux figues mûres pendues à une branche dénudée. Elle les rapporte à Cascia, et Rita meurt peu après en ayant tenu la rose entre ses doigts.
Que symbolise la rose en hiver ?
La rose en hiver est le signe le plus complet de la grâce divine telle que la conçoit la spiritualité catholique : elle est donnée gratuitement, contre toute saison, sans mérite particulier de qui la reçoit. Elle dit : ce qui est humainement impossible n’est pas spirituellement impossible. C’est pourquoi la rose est devenue l’emblème universel de sainte Rita et le symbole de la prière qui obtient l’inattendu.
2. Le miracle de l’épine au front
Vers 1442, Rita a environ 60 ans. Pendant l’office du Vendredi saint, elle entend un sermon sur la couronne d’épines portée par le Christ pendant sa Passion. Bouleversée, elle prie devant un crucifix en bois sculpté qu’elle conserve dans sa cellule.
Selon les hagiographes, elle dit alors à Jésus : « Seigneur, faites que je puisse partager au moins une de vos souffrances. Une seule épine de votre couronne suffira. » Au même instant, une épine se détache du crucifix et vient s’enfoncer dans son front. La plaie devient profonde, suppurante, malodorante. Elle ne guérira jamais et obligera Rita à se tenir à l’écart pendant les 15 dernières années de sa vie.
Cette plaie est attestée par les sœurs qui ont accompagné Rita à sa mort, et a été examinée à plusieurs reprises lors des procès de béatification (1626) puis de canonisation (1900). Le crucifix lui-même est toujours visible aujourd’hui dans la basilique de Cascia.
Que symbolise l’épine au front ?
L’épine est le signe de la communion charnelle aux souffrances du Christ. C’est ce qu’on appelle un « stigmate » : le fidèle est si profondément uni à la Passion du Christ que son propre corps en porte les traces. Sainte Rita partage ce signe avec saint François d’Assise (1224), Padre Pio (1918), Marthe Robin (XXe siècle).
3. Le miracle des abeilles blanches
Le troisième miracle est antérieur aux deux autres : il a lieu quelques jours après la naissance de Rita, en 1381 ou 1382. Le bébé Rita est déposé dans son berceau d’osier sous un olivier du jardin de Roccaporena, pendant que sa mère termine la lessive.
Les voisines voient alors arriver un essaim d’abeilles blanches qui tournent autour du berceau, certaines posant leur dard ou leur trompe sur les lèvres et la bouche du nourrisson — sans la piquer. Ces abeilles, dites « abeilles de sainte Rita », sont encore visibles aujourd’hui à Cascia, où des spécimens hivernent depuis quatre siècles dans la même structure des murs du couvent.
Que symbolisent les abeilles blanches ?
Les abeilles sont, dans la symbolique chrétienne, l’emblème de la parole consacrée et de la douceur prophétique. Le fait qu’elles n’aient pas piqué le nourrisson dit la pureté de cette parole à venir. Le fait qu’elles soient blanches renvoie à la virginité spirituelle.
La bénédiction des roses : tradition vivante du 22 mai
Depuis le XVIIe siècle, le 22 mai (jour de la fête de sainte Rita) est célébré dans les sanctuaires ritiens du monde entier par une grande bénédiction des roses. La cérémonie est simple : à l’issue de la messe du 22 mai, le célébrant bénit des roses fraîchement coupées et les distribue aux fidèles.
Trois usages traditionnels : offertes à un malade, déposées sur une tombe, ou conservées séchées dans un missel ou une boîte de famille.
Foire aux questions sur les miracles
Les trois miracles de sainte Rita sont-ils prouvés historiquement ?
Les trois miracles sont rapportés par les hagiographes contemporains de Rita ou de génération immédiatement suivante. Ils ont été examinés lors des procès de béatification (1626) et de canonisation (1900), et reconnus par l'Église comme « miracles certains au sens canonique ». L'épine au front a même été examinée médicalement plusieurs fois.
Pourquoi la rose plutôt qu'une autre fleur ?
La rose dans la tradition catholique est l'emblème marial (Notre-Dame du Rosaire) et de la grâce. La rose en hiver intensifie cette symbolique : la grâce qui surgit là où elle ne devrait pas être.
Les abeilles de sainte Rita existent-elles toujours ?
Oui, des spécimens d'abeilles particulières hivernent encore dans les murs du monastère augustin de Cascia. Elles ont fait l'objet d'études entomologiques sans qu'on parvienne à les classer dans une espèce connue.
Peut-on visiter le crucifix de l'épine à Cascia ?
Oui. Le crucifix qui aurait délivré l'épine sur le front de Rita est conservé dans la chapelle Saint-Augustin du monastère, à proximité immédiate du tombeau de la sainte.
Faut-il faire bénir une rose le 22 mai pour faire « comme sainte Rita » ?
Non, ce n'est pas une obligation, mais c'est une pratique très répandue et belle. La rose bénite est un sacramental authentique reconnu par l'Église.










